Dépréciation de l’immobilier en raison du bruit des aéroports

 

Il existe de nombreuses études en anglais qui démontrent la dépréciation des habitations en fonction de la proximité des aéroports. Vous pouvez lire une étude en français ici: 

 Le bruit des avions comme facteur de dépréciations immobilières

Guillaume Faburel et Isabelle Maleyre, « Le bruit des avions comme facteur de dépréciations immobilières, de polarisation sociale et d’inégalités environnementales. Le cas d’Orly. », Développement durable et territoires [En ligne], Dossier 9 : Inégalités écologiques, inégalités sociales, mis en ligne le 15 avril 2007, consulté le 10 février 2013. URL : http://developpementdurable.revues.org/2775

 

Extrait de l’article

 

La conclusion de cet article est la suivante:

Conclusion

A l’issue de ce travail, quatre résultats principaux méritent d’être soulignés :

  • premièrement, et sans grande surprise en regard des 35 applications de la MPH réalisées à l’étranger sur la seule source aérienne du bruit, le bruit des avions (exprimé en Lmax, ou niveau maximum) déprécie la valeur des logements dans les communes les plus proches de la plate-forme aéroportuaire d’Orly ; les autres variables explicatives sont conformes à ce qu’indique la littérature consacrée à l’analyse hédonique des prix des logements.

  • deuxièmement et surtout, le taux de dépréciation augmente depuis 1995, alors même le bruit est demeuré stable du fait du plafonnement du nombre de créneaux dans cet aéroport. Ce résultat valide l’hypothèse selon laquelle le marché du logement n’internalise pas mécaniquement le niveau physique d’exposition au bruit, mais que l’effet du bruit sur le prix des logements est médiatisé par la sensibilité des ménages à cette dimension de leur environnement. C’est donc davantage en termes de gêne, ressenti, vécu ou anticipé, que les acquéreurs arbitrent : ce résultat ouvre la voie non seulement à l’analyse des déterminants de la gêne, mais également à l’analyse de la formation des anticipations concernant la qualité de l’environnement, inscrivant la réflexion dans la perspective du développement durable.

  • sur les trois dernières années de la période d’étude, les ménages acquéreurs dans les communes exposées au bruit sont plus jeunes et de rang social plus modeste, par comparaison aux années antérieures et aux communes relativement épargnées, ceci suggère un processus de polarisation sociale de l’espace.

Certes, la qualité de l’environnement sonore liée à la proximité aéroportuaire ne saurait expliquer seule un tel processus qui, par des mécanismes de transferts implicites et explicites, des règles et normes d’arbitrage, met en jeu la diversité des attributs de l’urbain. Toutefois, dans le contexte observé, le bruit et surtout son vécu, c’est-à-dire les nuisances sonores elles-mêmes peuvent être considérées comme une variable déterminante susceptible de déclencher la paupérisation des espaces.

Enfin, par croisement des résultats ci-dessus, on constate que l’augmentation du taux de décote affecte principalement des ménages de rang social modeste. Ces ménages, s’ils devaient revendre leur bien aujourd’hui, perdraient plus de 3 200  €, pour une valeur moyenne d’acquisition de 90 000  € (base comprenant appartements et maisons individuelles), cette perte n’étant pas compensée par la décote d’origine.

Dès lors, se trouve posée la question du traitement politique de telles inégalités environnementales, et de l’irruption de la notion de justice environnementale au rang des actions promues par le développement durable, notamment dans le domaine des transports (OMS, 2004 ; World Business Council for Sustainable Development, 2004).